La coexistence de la joie et du deuil

Le 21 février 2025, je perdais ma tante.
Le 28 juin 2026, son mari, mon oncle, décédait lui aussi d’un cancer du poumon.
Le 7 juillet 2026, le grand-père de mon conjoint tirait à son tour sa révérence à l’âge de 97 ans.

En un an et demi, j’ai vécu à trois reprises ce regret auquel on ne peut absolument rien : « J’aurais du leur consacrer davantage de temps. » 

Si je partais en vacances avec ma tante et mes cousins lorsque j’étais enfant, je me suis progressivement éloignée de ma famille, pour plein de raisons diverses, variées, et légitimes.

Le grand-père de mon homme habitait lui du côté de Bordeaux, et à plusieurs reprises nous nous sommes dit que nous irions le voir, que je puisse le rencontrer. 

Nous ne l’avons jamais fait.

Je suis descendue à Gradignan pour être aux côtés de mon homme et de sa famille lors de l’enterrement.
J’ai été saisie par la coexistence de la joie et du deuil.

Joie d’être ensemble.
Deuil d’un père, d’un beau-père, d’un grand-père pour mon conjoint et sa famille.

De mon côté, j’ai fait l’expérience consciente de quelque chose que je savais théoriquement mais que je n’avais jamais ressenti pleinement dans mon corps.

J’ai fait l’expérience d’un lien familial où seule la bienveillance existe.

Aucune volonté de nuire.
Aucune agression.
Aucun rapport de pouvoir.
Aucune humiliation.

J’ai expérimenté dans mon corps ce que je savais déjà mais auquel je n’avais jamais vraiment goûté en conscience : la douceur d’exister dans un lien familial dénué de toute violence et empli d’amour.

J’ai réalisé, somatiquement, la difficulté de se construire et de se développer en tant que petit être humain lorsque les personnes censées prendre soin de toi sont aussi celles qui t’agressent. Parfois consciemment, parfois non, parfois par besoin de dominer, parfois parce qu’elles reproduisent ce qu’elles ont vécu sans même savoir qu’il y a une autre voie possible.

Bien évidemment, ce sont des choses que je sais depuis longtemps.

Mais il y a une différence entre savoir et ressentir.

Et encore une autre différence entre ressentir et ressentir en conscience.

Il m’aura fallu, à 36 ans, faire l’expérience répétée du lien familial dénué de violence pour ressentir pleinement l’ampleur de la difficulté à se construire et se développer lorsqu’on n’en bénéficie pas.

Il m’aura fallu 36 ans pour être capable de ressentir et de recevoir tout cet amour dénué de violence.

Car avant, j’étais constamment sur mes gardes.

Sans même en avoir conscience.

Toujours sur le qui-vive dans mes relations.

Car lorsque tes plus grandes souffrances adviennent dans le lien avec les personnes que tu aimes le plus au monde, comment faire autrement?

Comment t’ouvrir à l’amour quand dans ton expérience celui-ci s’est si souvent accompagné de violence?

En un an et demi, j’ai vécu à trois reprises ce regret auquel on ne peut absolument rien : « J’aurais du leur consacrer davantage de temps. » 

Je vis aujourd'hui un moment pivot où je me rends compte que je n’ai plus à fantasmer un après : tout est déjà là.

Je baigne déjà dans l’amour et la bienveillance.
Je vis déjà la joie au quotidien.
Je suis déjà libre de toute contrainte.

J’ai été habituée depuis ma naissance à vivre une telle adversité qu’il m’aura fallu un peu de temps pour réaliser toute cette joie, cet amour et cette liberté qui sont déjà là, en abondance.

Et trois décès familiaux pour prendre la décision de les savourer pleinement.

De poursuivre les projets qui me passionnent sans oublier qu’ils n’ont de raison d’être que d’amplifier ce qui est déjà là.

Mes accompagnement individuels.
Le podcast en préparation.
Rouge, dont je te parlerai très bientôt.
Notre déménagement en Islande.

Tout cela n’a de sens que lorsque je me rappelle que le bonheur, pour moi, est déjà là.

Sur ce chemin, la Somatic Experiencing, le NARM et les neurotechnologies favorisant la régulation du système nerveux restent mes soutiens favoris.

Ces pratiques m’ont permis de me reconnecter à mon élan de vie.
D’élargir ma capacité à être en lien, et à me sentir en sécurité dans ce lien.

Aujourd'hui, elles m’accompagnent à revenir dans ce présent merveilleux, à le savourer, et à élargir ma capacité à le faire grandir tout en accompagnant d’autres personnes sur ce chemin.

Mon propos dépasse désormais largement la seule et simple renégociation du trauma.

Il ne s’agit plus seulement de renégocier tes blessures pour retrouver ton élan de vie.

Il s’agit de faire pleinement l’expérience de la vie.
Dans toutes ses nuances.

D’ouvrir ton cœur pour te laisser traverser par la vie, sa beauté et son intensité

Il ne s’agit plus ici de seulement renégocier tes traumas.

Il s’agit de ressentir pleinement la joie, l’amour et la liberté.