La Somatic Experiencing créée par Peter Levine
Comment se fait-il que les animaux sauvages, exposés constamment à des dangers mortels, ne développent pas de manifestations de stress post-traumatique?
C’est la question que s’est posée Peter Levine, psychothérapeute titulaire d’un doctorat en biophysique médicale de l’Université de Berkeley, en Californie, et créateur de la Somatic Experiencing.
Pour répondre à cette question, il a observé le comportement de ces animaux sauvages dans leur environnement, et leurs réactions face au danger.
Il s’est ainsi rendu compte qu’à l’état sauvage, les animaux disposent de trois réponses de défense face à l’adversité: le combat, la fuite ou le figement, qui peut se manifester sous forme d’effondrement, sans tonus, ou sous forme de tétanie, avec tonus.
Le combat est disponible quand le danger est surmontable. La fuite, quand l’animal n’a aucune chance de gagner contre le prédateur. Le figement, quand ni le combat ni la fuite ne sont possibles: le prédateur est plus fort, et plus rapide.
Le figement vient avec un double avantage: d’une part, le système est saturé d’hormones qui anesthésient la douleur d’une attaque mortelle. D’autre part, le figement peut induire le prédateur en erreur: croyant que sa proie est déjà morte, il peut s’en détourner et offrir à celle-ci une fenêtre de fuite salvatrice.
Ces réponses ne sont pas des choix conscients. Ce sont des réponses naturelles, biologiques, déclenchées par le système nerveux autonome de l’animal. Son système nerveux autonome scanne en permanence son environnement afin d’y répondre de manière adéquate, pour le maintenir en sécurité et assurer sa survie.
Regardez la vidéo ci-dessous, qui illustre à merveille ce mécanisme.
Que se passe-t-il lorsque l’animal sort du figement?
Avez-vous remarqué ce qu’il se passe lorsque l’impala se redresse?
Il tremble.
Lorsque l’animal sauvage sort du figement, son système nerveux autonome décharge toute l’énergie qui a été mobilisée pour pouvoir l’intégrer.
L’animal sauvage ne retourne pas vaquer à ses occupations comme si de rien n’était.
La réponse de figement mobilise une énorme quantité d’énergie. Pensez à la souris prise dans les griffes du chat. Imaginez la terreur. L’envie de fuir. Et toute l’énergie que son système nerveux autonome doit mobiliser pour ne pas le faire.
Une fois libre, elle ne peut pas simplement reprendre le cours de sa vie. Pour retrouver l’homéostasie, c’est-à-dire un état d’équilibre physiologique, le système nerveux autonome de l’animal va naturellement décharger l’énergie mobilisée. C’est ce qui va lui permettre d’intégrer l’évènement et de pouvoir effectivement reprendre le cours de sa vie.
L’être humain, contrairement à l’animal, ne s’offre que très rarement la possibilité de décharger et d’intégrer toute l’énergie que son système a du mobiliser pour se défendre face à l’adversité.
Que ce soit par des cris, des pleurs, des tremblements, des mouvements involontaires: en tant qu’êtres humains, nous avons tendance à juger et réprimer ces réponses pourtant parfaitement naturelles à une expérience vécue comme menaçante ou mortellement dangereuse.
Avez-vous déjà manqué de vous faire écraser en traversant la route? Rien de grave: la voiture s’est arrêtée. Pourtant, peut-être vous êtes-vous figé·e? Que s’est-il passé ensuite? Avez-vous repris votre route et le cours de votre journée comme si de rien n’était? Ou vous êtes-vous réellement offert le temps de processer physiologiquement la peur que vous avez eue?
La dernière fois que vous êtes en train en conflit intense avec un·e proche, un·e collègue ou un·e supérieur·e hiérarchique, qu’avez-vous fait ensuite? Vous êtes vous offert un espace où achever votre réponse de combat ou avez-vous repris le cours de votre journée comme si de rien n’était? — En vous jetant peut-être sur un paquet de gâteaux en rentrant le soir ou en ruminant pendant dix jours après l’évènement. D’ailleurs rien que d’y repenser… 🤯
La capacité naturelle de notre système nerveux autonome à s’autoréguler: voilà ce sur quoi Peter Levine a mis le doigt.
La reconnexion à cette capacité naturelle que nous avons perdue: voilà ce que la Somatic Experiencing facilite.
La Somatic Experiencing offre la possibilité, dans l’ici et maintenant, d’achever les réponses psycho-physiologiques déclenchées par l’adversité qui n’ont pas pu être achevées dans le passé, pour quelle que raison que ce soit.
Voyez-vous, toute ces énergie qui a été mobilisée pour nous protéger ne disparait pas. Elle se maintient dans le système, et peut se manifester, à titre d’exemple, par :
des ruminations,
des douleurs chroniques,
des réactions émotionnelles qui nous paraissent disproportionnées aux situations présentes,
des pensées négatives envers soi et les autres, de l’anxiété,
ou au contraire, lorsque le système n’a plus la capacité de contenir toute cette énergie, un épuisement chronique,
une apathie,
un manque de motivation,
une difficulté à vous mobiliser.
Concrètement, comment fonctionne la Somatic Experiencing?
Tout dépend de ce que vous avez vécu, et c’est précisément ce qui distingue la Somatic Experiencing de nombreuses autres approches.
La Somatic Experiencing est particulièrement douce et respectueuse de la personne accompagnée et de son histoire.
Elle n’impose aucun protocole, aucun dogme.
Elle s’adapte à votre rythme. Pas l’inverse.
En tant que Somatic Experiencing Practitioners, nous ne sommes pas là pour vous “sortir du figement”. Nous sommes là pour contribuer à ce que vous vous sentiez enfin en sécurité. Par une présence, une écoute et une curiosité sincère et bienveillante, nous vous accompagnons, à votre rythme, à faire l’expérience de la sécurité dans l’ici et maintenant.
Et selon votre histoire, cela peut prendre plus ou moins de temps. C’est normal.
Nous ne forçons rien. Parce que nous avons confiance dans l’intelligence de votre système nerveux autonome.
Nous savons que quoi qu’il fasse, il le fait pour vous protéger. Quand bien même vous souffririez aujourd'hui de ses mécanismes de protection un peu trop bien installés, qui perdurent dans le temps alors même que la menace est passée.
Nous ne forçons rien. Nous créons avec vous les conditions nécessaires à votre sentiment de sécurité. Parce que lorsque vous vous sentirez pleinement en sécurité, les réponses de combat ou de fuite qui ont été figées émergeront d’elles-mêmes. Pas parce que nous le voulons. Pas pour respecter notre agenda. Parce que votre système nerveux autonome dispose de la capacité naturelle à s’autoréguler lorsque les conditions nécessaires sont réunies.
Voilà ce que nous faisons ensemble: réunir les conditions nécessaires à la capacité naturelle de votre système nerveux autonome à s’autoréguler.
En tant que Somatic Experiencing Practitioners, nous ne sommes pas là pour provoquer quoi que ce soit. Nous sommes là pour accompagner l’intelligence naturelle de votre système nerveux autonome.
Une fois que ces réponses de combat ou de fuite qui ont été figées émergent d’elles-mêmes, nous vous accompagnons, par des techniques propres à la Somatic Experiencing, à les décharger et à les intégrer.
Pour que vous puissiez, enfin, retrouver le cours de votre vie, libéré·e de ce qui entrave aujourd'hui votre capacité pourtant innée à la joie, à la liberté et à la sérénité.
Pourquoi crier dans un coussin ou taper dans un punching-ball ne suffit-il pas?
Pour plusieurs raisons différentes.
La première, c’est que ces pratiques cathartiques que vous avez d’ailleurs peut-être rencontrées en ligne ne favorisent pas l’intégration de l’énergie qui est déchargée. Elles font du bien sur le moment, parce qu’elle permettent d’externaliser l’activation contenue dans le système, mais la résolution du trauma est plus complexe qu’une simple décharge de cette activation.
Il ne s’agit pas seulement de décharger l’énergie mobilisée par des réponses de combat ou de qui ont été figées. Il s’agit de les intégrer. C’est-à-dire d’accompagner votre système nerveux autonome à contenir l’intensité psycho-physiologique de ces réponses et de leur achèvement, ainsi que l’intensité de ce qui se produit ensuite: le profond sentiment de libération et d’ouverture à la vie — oui je sais, ça a l’air un peu ésotérique dit comme ça et pourtant… c’est la vérité.
Pour que le trauma puisse être renégocié, selon le terme utilisé par Peter Levine, il faut que plusieurs conditions soient réunies. Et l’une d’entre elles est fondamentale: le lien.
Peter Levine nous dit que “le trauma est ce qui se produit en nous en l’absence d’un témoin empathique”. Pensez-y. Quoi que vous ayez vécu, vous vous êtes retrouvé·e seul·e avec tout ce qui se passait en vous. Peut-être que vous étiez entouré·e. Mais dans votre expérience, vous vous êtes senti·e seul·e avec tout cela. N’est-ce pas?
C’est pourquoi la résolution du trauma demande bien plus que la régulation du système nerveux telle qu’on la voit partout sur les réseaux sociaux aujourd'hui.
Renégocier le trauma, quel qu’il soit, nécessite d’être accompagné·e par une personne qui a une vraie expertise en la matière. Mais pas que. Il ne s’agit pas seulement d’être expert·e.
Il s’agit de cultiver une présence, une écoute et une curiosité sincère et bienveillante, conditions sine qua none à ce que vous puissiez faire l’expérience de la sécurité. Et, ainsi, à ce que les réponses traumatiques qui vous empêchent aujourd'hui de vivre pleinement puissent enfin émerger et être intégrées. Sans retraumatisation. À votre rythme.
Et cette qualité de présence, d’écoute, de curiosité sincère et bienveillante, aucune formation nous ne l’apprend.
Ce sont nos expériences personnelles et notre propre travail à nous, en tant que Somatic Experiencing Practitioners, de résolution de nos propres trauma, qui nous donnent accès à cette présence, cette écoute et cette curiosité sincère et bienveillante.
Et pourtant, parfois, même lorsque toutes les conditions sont réunies, vous ne ferez pas l’expérience de cette sécurité dans le lien. C’est ici que la Somatic Experiencing touche à ses limites. Et que le NARM entre en jeu.
Quelles sont les limites de la Somatic Experiencing?
La Somatic Experiencing est une pratique merveilleuse, qui ne permet pas seulement de renégocier le trauma. La Somatic Experiencing nous permet de reprendre contact avec notre humanité.
Pratiquée régulièrement, pendant suffisamment longtemps, elle transforme complètement notre rapport à nous-même et à l’autre, en ce qu’elle nous réconcilie avec tout ce qu’on a rejeté depuis notre enfance pour nous adapter à notre environnement.
Les pleurs qu’on a ravalés par peur d’entendre que nous étions trop sensibles ou trop fragiles. La colère qu’on a réprimée pour ne pas déranger. La fuite à laquelle nous n’avons pas eu accès parce que notre sécurité matérielle dépendait des personnes avec qui nous vivions, qu’il s’agisse de nos parents, d’un·e partenaire ou d’un foyer.
Néanmoins, dans certaines situations, la Somatic Experiencing ne suffit pas. Parce que le trauma n’est pas seulement cette énergie de défense qui a été mobilisée et qui circule encore sous différentes manières dans notre système.
Le trauma, pour beaucoup d’entre nous, ce sont toutes ces adaptations relationnelles que nous avons du mettre en place pour nous développer au mieux dans un environnement dont les circonstances n’étaient pourtant pas favorables à notre développement.
À l’âge adulte, ces adaptations vivent encore en nous. D’ailleurs, elles sont souvent devenues des réflexes. Des mécanismes automatiques. Des fonctionnements intégrés comme nos identités. Des croyances que nous tenons pour absolument vraies à propos de nous-mêmes, des autres et du reste du monde.
Sans en avoir conscience, sans le faire volontairement, nous entretenons à l’âge adulte les stratégies et les croyances qui nous ont protégé·e lorsque nous étions enfant mais qui, aujourd'hui, nous empêchent de vivre pleinement ce à quoi nous aspirons: des relations profondes et épanouissantes, une confiance ancrée en l’avenir, plus de douceur et de sérénité au quotidien.