Pour renégocier le trauma complexe, découvrez le NARM — NeuroAffective Relational Model, créé par Larry Heller

Comment le trauma développemental, ou trauma complexe, se manifeste-t-il à l'âge adulte?

En voici, à titre non exhaustif, quelques exemples:

  • Éviter d’être au contact de ses pensées, de ses sensations et de ses émotions en utilisant moult moyens divers et variés: scroller sur son téléphone, binge-watcher des séries, jouer non-stop aux jeux vidéo, dévorer la tablette de chocolat ou le paquet entier de Curly.
    — C’est si bon les Curly! 😋

  • Être aux aguets de tout signe qui pourrait prédire un abandon ou un rejet et entrer dans une spirale de pensées négatives lorsqu’on croit en détecter un.
    — Je lui ai écrit à 18:22. Il est 18:26. Je n’ai pas de réponse. C’est pas normal. J’aurais pas dû finir ma phrase par un point d’exclamation. J’aurais dû mettre un point tout court. Pas un point d’exclamation. Un point d’exclamation ça s’exclame. C’est trop. Je suis trop. Je lui ai fait peur. C’est sûr. C’est terminé. Tout est fini. De toute façon l’amour ce n’est pas pour moi. Je n’y arrive pas. C’est trop compliqué. Adieu monde cruel. Je vais aller élever des chèvres dans les Pyrénées. 🐏

  • Toujours anticiper les besoins des autres et y répondre, sans même avoir conscience qu’on le fait, parce que cela nous semble parfaitement normal et naturel, puis attendre, de fait, que les autres fassent la même chose. Et être déçu·e lorsqu’ils ou elles ne le font pas.
    — Comment ça il ne se souvient pas du livre dont je lui ai parlé il y a trois mois et quatre jours et m’a offert un vulgaire bon cadeau à la place? 😠

  • Faire passer les besoins et envies des autres avant les siens, et se reprocher ensuite d’être trop gentil·le.
    — De toute façon je suis toujours la bonne poire. 😩

  • Investir toute son énergie dans sa réussite professionnelle et sociale.
    — La médiocrité, c’est pour les faibles. 😏

  • Investir toute son énergie dans sa réussite professionnelle et sociale. Et se coltiner les remarques de sa ou de son partenaire qui se plaint de notre manque de disponibilité et de notre tendance à nous énerver peut-être un chouia trop vite.
    — Mais tu ne vois donc pas que c’est pour notre avenir que je fais tout ça? 😲

  • etc.


Ces comportements n’ont rien en commun. Ils sont pourtant tous le reflet du même mécanisme: le trauma complexe, ou trauma du développement, ou encore trauma d’attachement.

Qu’est-ce que le trauma développemental, ou trauma du développement?

Pour grandir et s’épanouir à l’âge adulte, l’enfant n’a pas seulement besoin d'être nourri, logé et emmené à l'école à l'heure.

En tant qu’êtres humains, nous naissons avec certains besoins fondamentaux. Durant nos premières années de vie, nos besoins ne peuvent être comblés que dans et par le lien avec nos figures d’attachement, c’est-à-dire avec les adultes qui s’occupent de nous.

Lorsque nos besoins sont comblés par l’environnement relationnel dans lequel nous grandissons, notre développement biopsychologique se fait de manière optimale.

Nous développons alors certaines capacités fondamentales, qui nous permettront à l’âge adulte, de naviguer la vie avec fluidité, en faisant l’expérience de la connexion et de la vitalité: sentir ce qui se passe en nous, identifier ce dont nous avons besoin, faire confiance aux autres, oser dire non, aimer et désirer.

Nous sentir bien, à notre place, en lien avec le monde qui nous entoure, capables de traverser la vie et ses challenges: ce ne sont pas des expériences aléatoires, auxquelles certain·e·s d’entre nous auraient droit et d’autres non.

C’est la conséquence normale et naturelle, à l’âge adulte, d’un développement biopsychologique optimal qui a été favorisé, dans l’enfance, par un environnement relationnel en mesure de répondre à nos besoins fondamentaux.

Lorsque nos besoins ne sont pas satisfaits par notre environnement, de manière chronique, longue et répétée, et ce quelle qu’en soit la raison, nous devons, parfois même dès les premiers battements de notre cœur, mettre en place des stratégies cognitives, comportementales et physiologiques pour y survivre.

Ces stratégies ne sont ni des défaillances, ni des choix conscients que nous faisons. Ce sont des adaptations indispensables à notre survie.

Nous n’avons pas d’autres choix que de nous adapter, biologiquement et psychologiquement, à une situation où nos besoins fondamentaux ne sont pas comblés.

Pas toujours parce que nous avons eu de mauvais parents. Souvent parce que nous avons eu des parents humains. Imparfaits, composant à l’âge adulte avec leurs propres stratégies, celles qu’ils ont dû eux-mêmes mettre en place enfant pour survivre à l’insatisfaction de leurs propres besoins.

C’est ce qu’on appelle le trauma développemental: l’adaptation biopsychologique de notre organisme encore en développement à un environnement relationnel qui, pour quelque raison que ce soit, n'est pas en mesure de répondre à nos besoins fondamentaux.

Nos cinq besoins développementaux fondamentaux selon le NARM

Le NARM — Modèle Neuro-Affectif Relationnel — offre une grille de lecture précieuse de l’expérience humaine qui facilite la renégociation du trauma développemental, y compris lorsque celui-ci est précoce: prénatal, périnatal ou préverbal.

Le NARM est issu de différentes approches occidentales et non occidentales: la psychodynamique, la théorie de l'attachement, la Gestalt et diverses pratiques somatiques.

Il s’appuie également sur les neurosciences affectives et notamment la théorie polyvagale de Stephen Porges et la neurobiologie interpersonnelle de Daniel Siegel.

Le NARM distingue cinq besoins fondamentaux dont nous faisons tous et toutes l’expérience en tant qu’êtres humains:

  • Le besoin de connexion.
    Être accueilli·e·s dans ce monde. Nous y sentir en sécurité, bienvenu·e·s. Être en contact avec notre corps, nos émotions, et pouvoir être en lien avec les autres de manière stable.

  • Le besoin de syntonie — aussi appelée accordage affectif.
    Savoir ce dont nous avons besoin. Pouvoir le reconnaître, l'exprimer, et recevoir ce que la vie a à nous offrir.

  • Le besoin de confiance.
    Pouvoir compter sur les autres. Nous sentir suffisamment en sécurité pour dépendre de quelqu'un — et pour que quelqu'un dépende de nous, sans que cette dépendance devienne une transaction.

  • Le besoin d’autonomie.
    Pouvoir dire non. Poser nos limites. Exprimer ce que nous pensons et ce que nous voulons, sans avoir peur de la réaction de l'autre.

  • Le besoin d’amour et de sexualité.
    Aimer le cœur ouvert. Nous sentir aimé·e·s pour ce que nous sommes, et non pour ce que nous accomplissons. Pouvoir, à l'âge adulte, vivre dans une même relation la douceur de l'amour et l'excitation du désir sexuel.

Durant les premières années de notre vie, ces besoins ne peuvent être comblés que dans et par la relation avec nos figures d’attachement. Leur satisfaction au cours de notre développement conditionne notre capacité, à l'âge adulte, à nous sentir bien, en lien, et à notre place.

🌺 N.B.: Au cours de l’enfance et l’adolescence, le besoin d’amour et de sexualité désigne le besoin de pouvoir ressentir et exprimer pleinement son amour, et de se familiariser avec sa sexualité sans honte ni culpabilité.

Lorsque l’un ou plusieurs de nos besoins restent insatisfaits, assez souvent et assez longtemps pour que nous devions nous y adapter, nous développons des stratégies cognitives, physiologiques et comportementales pour continuer à grandir malgré tout.

En NARM, ces stratégies portent tout simplement le nom du besoin dont elles visent à compenser l’insatisfaction. On parle de modes de survie.

⚠️ Attention! Les modes de survie ne sont en aucun cas des étiquettes. Ce ne sont pas des cases dans lesquelles nous enfermer.

Au contraire, les modes de survie désignent des dynamiques relationnelles qui nous ont permis de survivre jusqu’à présent mais qui, aujourd'hui, entravent notre capacité à vivre ce à quoi nous aspirons: des relations épanouissantes, le sentiment d’être à notre place, la vitalité.

En NARM, vous prenez progressivement conscience de ces dynamiques et expérimentez, à votre rythme, d’autres fonctionnements cognitifs, physiologiques et comportementaux afin de pouvoir répondre à vos besoins de manière plus juste, plus alignée à ce à quoi vous aspirez.

Très souvent, nous présentons chacun et chacune plusieurs de ces dynamiques, à différents degrés. Et soyez rassuré·e: il est réellement possible de faire une autre expérience de la vie et du lien. Avec de la patience, et de la régularité.

Le NARM: une approche humaniste

Si vous êtes un tant soit peu comme moi, vous n'aimez probablement pas être enfermé·e dans une case et vous méfiez peut-être des approches qui dressent des portraits-types.

Vous aimez être vu·e tel·le que vous êtes: un·e humain·e qui fait de son mieux pour traverser la vie et ses challenges.

C'est aussi ainsi que le NARM vous regarde. Il ne s'agit en aucun cas de nous réduire à nos dynamiques relationnelles. Il s'agit d'en prendre conscience, dans le lien et dans l'instant, pour pouvoir, progressivement, nous offrir la liberté de faire autrement.

Car oui, que nous le voulions ou non, nous jouons un rôle actif dans ce qui nous arrive aujourd'hui.

Et c'est plutôt une bonne nouvelle: cela signifie qu'on a le pouvoir d'influencer le cours de notre vie.

Le NARM est une approche humaniste qui appréhende la personne accompagnée pour ce qu'elle est: un être humain, et non un objet à réparer.

Comment travaille-t-on en NARM?

Le NARM s’appuie sur quatre piliers.

Ce que vous voulez pour vous-même.
Pas ce que vous croyez devoir vouloir. Pas ce qu’il est raisonnable de vouloir. Ce que vous, ici et maintenant, voudriez vivre dans votre vie. Même si cela vous semble irréaliste. Chaque session commence par là. C'est ce qu’on appelle l'intentionnalité: votre intention guide notre travail, telle une boussole, du début à la fin.

La curiosité.
Une fois que vous savez ce que vous voulez, nous explorons ensemble ce qui y fait obstacle, qu’il s’agisse de faits réels, de croyances ou d’émotions. Et surtout, nous explorons la manière dont vous entrez en relation avec ces obstacles. Non pas en cherchant des explications dans votre passé, mais en portant une curiosité sincère et bienveillante à ce qui se passe en vous, ici, pendant que nous en parlons: une pensée qui surgit, une tension dans la gorge, l'envie de changer de sujet. Rien n'est à corriger. Tout est à explorer, ensemble.

Votre part.
Ce qui vous est arrivé enfant n'était pas de votre fait. Ce que vous en faites aujourd'hui, si. Le NARM s'intéresse à la manière dont, sans le vouloir, vous continuez à entretenir les stratégies qui vous ont protégé·e, et à ce qui devient possible dès que vous y apportez une curiosité sincère et bienveillante.

Ce qui change, pendant que ça change. Quand une stratégie se relâche, cela se ressent avant de se comprendre: une respiration plus ample, une émotion qui passe, un silence qui n'est plus gêné. En NARM, nous nous arrêtons sur ces moments. Pas pour les analyser — pour que votre système les intègre, et apprenne qu'une autre expérience est possible.

C'est dans ces quatre mouvements que les stratégies que vous avez dû mettre en place enfant se révèlent d'elles-mêmes. Et qu'elles cessent, progressivement, de décider à votre place.

Trauma du développement et trauma de choc: accompagner les deux

Sentir ce qui se passe en nous, identifier ce dont nous avons besoin, faire confiance aux autres, oser dire non, aimer et désirer au sein de la même relation: ces capacités fondamentales nous permettent de traverser la vie et ses challenges avec ancrage et fluidité, même lorsque nous sommes confronté·e·s à l’adversité.

Moins nous avons pu développer ces capacités, plus nous risquons, à l’âge adulte, de vivre des expériences difficiles qui, au fil de notre vie, s’accumulent, créant un effet boule de neige. Une première relation amoureuse difficile qui laisse un impact sur la suivante, par exemple. Et ainsi de suite.

C’est ce que j’appelle les casseroles du trauma développemental.

Par ailleurs, lorsque nous avons grandi dans un environnement qui n'a pas pu répondre à nos besoins, notre système nerveux s'est organisé, très tôt, autour de la menace. Il est resté en alerte.

Et un système en alerte est plus vulnérable aux chocs: un accident, une agression, un deuil brutal, une rupture, une intervention chirurgicale, une naissance difficile.

Ce qui, pour d'autres, serait une épreuve dont on se remet devient, pour nous, quelque chose qui reste figé — et qui s'ajoute au reste.

Très souvent, donc, celles et ceux qui portent un trauma développemental portent aussi un ou plusieurs traumas de choc.

Or, les deux ne s’accompagnent pas de la même manière.

Les adaptations relationnelles, celles dont cette page parle, se révèlent et s'actualisent dans le lien: c'est le travail du NARM.

Les réponses de défense restées figées dans le corps, elles, ont besoin d'être achevées et intégrées: c'est le travail de la Somatic Experiencing.

C'est pourquoi l'Accompagnement Somatique Relationnel intègre les deux.

Pour pouvoir accompagner ce qui se présente: tantôt une stratégie relationnelle qui se montre dans notre échange, tantôt une réponse de combat ou de fuite qui demande enfin à être menée à son terme.

Sans protocole. À votre rythme.

Car dans tous les cas, trauma développemental ou trauma de choc, ce n’est que dans et par l’expérience de la sécurité relationnelle que vous pourrez renégocier ce qui demande à être renégocié.